Un étrange équipage

Ma soumission pour les impromptus littéraires :

Mon nom est Jean Mollette. Je suis directeur de la représentation au CGTA. Mon mandat est d'accompagner et de rassurer les clients dans la conduite de leurs commandes. Je me charge aussi de la décoration. Je n'ai aucune compétence, ni diplôme, ni connaissance reliée à la spécialité de notre firme, mais la position que j'occupe exige beaucoup de vigilance.

On me rappelle constamment que la production d'animaux de compagnie sur mesure est encore aujourd'hui une science jeune et expérimentale. Bien que créatives, les erreurs sont fréquentes et nos généticiens s'habillent mal. En tant que point de contact avec le monde extérieur, je veille à lui épargner ces éclairages embarrassants. Il en retourne directement de ma responsabilité de projeter l'impression que tout ce qui se passe chez CGTA est complètement normal, contrôlé, lucratif et inoffensif. Pour un étrange équipage comme celui-ci, la présence d'un relationiste externe qui sache refléter chacun des préjugés et attentes irréalistes de sa clientèle est d'une importance capitale. Une perception défavorable risquerait de mettre en péril la mission de la firme.

Malgré tous mes efforts et sa couverture commerciale, le CGTA ne pourrait pas être moins prosaïque. Fondé il y a une cinquantaine d'années par quatre biologistes visionnaires, il s'est engagé à déployer, au coeur de ses bureaux, un intrigant écosystème parallèle et indépendant capable de résister aux pressions de la vie moderne. Comme l'entreprise du secteur primaire qui veille sur ses finances par une exploitation continue des ressources naturelle, le groupe que je représente exploite systématiquement l'industrie des services pour financer le retour à la nature de ses employés. Depuis sa fondation, son réseau s'est élargi à plus de trente tribus de recherche partout au travers le monde.

Imaginez-vous à travailler sur une arche de Noé en environnement bureautique, où les espèces se croisent et se multiplient instinctivement, où les animaux de laboratoire s'y promènent en liberté et sont chassés pendant l'heure du midi.

Essayez maintenant de prétendre que tout est normal et d'expliquer calmement à vos client que la livraison que vous leur avez promise pour la prochaine heure est légèrement retardée. Demandez-vous ensuite, patiemment, quoi faire de leurs recommendations quand vous savez pertinemment que les chercheurs ne sont pas encore arrivés à produire la créature attendue et qu'ils se creusent toujours la tête pour trouver comment accoupler une lézarde humanoïde avec un éléphant miniature. Tentez de garder une attitude composée quand, à l'écho des cris animaliers qui surgissent des intercoms, vous pouvez deviner que l'équipe de R&D est depuis trois jours en quête d'une piste qui lui permettrait de répérer la femelle dans la savane de la tour à bureaux.

Je n'ai peut-être pas à séquencer des génomes sous le regard d'un chaman entre deux rites initiatiques, mais ne venez surtout pas insinuer que j'ai la vie facile!

Décrocher la lune

Ma soumission pour les impromptus littéraires :

Ils nous ont décroché la lune, littéralement! Rien que pour nous montrer que c'était possible. Ils en ont fait un geste symbolique, un ode au génie humain, une célébration de la volonté rendue manifeste par la commandite de 28 transnationales chéries.

Plusieurs ont craint de sentir le choc du grand satellite tomber. Quelques uns se sont personnellement dévoués à exposer les conséquences obscures d'une évanescence subite des marées. Certains ont voulu dissuader le monde civilisé de sa folie en l'invitant à savourer la lumière déjà oubliée d'un doux clair de lune. Contre toute attente et confondus, la plupart des astrologues ont tout bonnement cru juste de fermer boutique. D'autres contestataires auraient, quant à eux, accusé les rêveurs d'impossible d'avoir inspiré les voleurs de rêves.

Le jour où le ciel s'est éteint, le bruit de la fête a vite fait d'engloutir les inquiétudes qui restaient. Au coeur de la pénombre, quand l'occident occupait la plus grande part de la nuit, et avant que la nostalgie s'installe, les regards ébahis se sont levés vers ce qu'il restait des cieux. La foule, intriguée par l'amorce d'un étrange spectacle de lumières sur tableau noir, rugit bientôt d'applaudissements, éblouie par la réapparition de la lune, souriante. À peine avait-on relégué l'astre au rang des légendes, qu'on en rejouait les mémoires et fictions sur l'écran céleste. Méliès, Jules Vernes, Arthur C. Clarke, Cyrano de Bergerac et la NASA, tous se racontaient en rafale, toute la nuit, entrecoupés de pauses publicitaires.

« Une lune différente à chaque nuit, vivante, dynamique, à l'image de nos peuples. » En haute résolution, les noms de chacun des commanditaires s'alignèrent pour former de nouvelles constellations. On nous demanda fièrement d'accueillir l'âge d'or de la nouvelle télévision, qui allait se dessiner en plein air, sur un firmament amélioré.

Exit Drupal Camp 2009

Le deuxième Drupal Camp de Montréal tire à sa fin avec 140 participants, soit plus du double que l'an passé. Les drupaliens ont divisé leur temps à leur guise entre une douzaine de présentations préparées et quelques regroupements spontanés. Tandis que l'aspect improvisé avait fait le succès du premier camp, cette fois-ci les sessions ad-hoc ont pour la plupart été ignorées en faveur des présentations plus magistrales. Peu de gens on osé s'aventurer au sous-sol d'une aile isolée du pavillon de musique de l'université Mc Gill pour tenter de démarrer une table ronde...

En somme, j'en retire surtout une liste de pistes pour approfondir les sujets de la navigation, du déploiement, du support aux utilisateurs, de l'utilisation de Firefox, du fameux Drupal 7, des modules comme Panels, Solr, RDF, Aegir, etc. J'en ressort avec le sentiment qu'il me faudra passer plus de temps tout seul avec mon ordinateur si j'ai vraiment envie de m'intéresser aux sujets proposés.

Les présentations vidéo officielles sont disponibles sur le site du commanditaire.

FDS au FSQ

Pour une première participation au 2e Forum Social Québécois, j'en ressort pas mécontent, sinon que j'ai manqué au-delà de 340 ateliers! Voyons le parcours de ma fin de semaine:

  • Participation à l'assemblée générale de Koumbit. Une assemblée «en famille», avec très peu de membres de l'extérieur des comités. Espérons que le momentum de l'événement aide à brasser notre vie associative d'ici l'an prochain au point d'attirer plus de membres actifs.
  • Présentation bien improvisée sur la vie privée à l'ère de Facebook et de GMail. Antoine a réussi à maintenir l'intérêt des participants tout en restant convaincant dans sa position critique et bien campée de ces laboureurs de données privées.
  • Le déjeuner avec Koumbit est tourné en présentation du portail OpenFSM dont le mandat pourrait être «un Facebook pour les activistes des Forums Sociaux Mondiaux». Étant bâtie sur Plone, la plateforme a refroidit certains drupaliens de Koumbit. La campagne de recrutement a aussi fait fuir quelques invités qui s'attendaient à une présentation destinée à un plus grand public qu'à l'équipe des travailleurs.
  • Foire du FSQ. Découverte de divers organismes: un répertoire montréalais de l'économie sociale, ATD Quart Monde, programme coopérant-volontaire, un atelier d'art à vocation communautaire, et quelques autres...
  • Présentation sur le mur mitoyen: un projet de calendrier communautaire et académique montréalais. Le genre de site hyperlocal du genre à m'intéresser. J'espère pouvoir donner suite à cette rencontre.
  • Finalement, j'hésitais entre une présentation sur le micro-cinéma et un atelier de slam. Déchiré entre deux alternatives, j'ai choisi la plus confrontante. Après avoir suivi attentivement une présentation érudite du mouvement slam dans les deux langues au travers le monde, j'ai écrit et lu mon premier slam devant notre petit groupe de participants, mais je me suis défilé avant de le performer devant la foule à l'extérieur du Cégep du Vieux. Même peureux à moitié, je me suis amusé.

Bref, une fin de semaine bien remplie, mais je reste toujours avec l'impression d'avoir passé à côté de plein de présentations dont les enjeux m'échappent toujours.

L'institution du logiciel

Quand un ajustement à la politique d'édition de Wikipedia est annoncé de la manière qu'on rapporte un nouveau projet de loi, on se rend bien compte qu'il y existe un pouvoir caché dans la programmation. Celui d'imposer une nouvelle conformité. «Peuple, écoutez-moi», le logiciel patché déclare, «j'ai changé, je fonctionne différemment maintenant, et dorénavant vous ferez de même».

Le logiciel est encore jeune. Les changements sont toujours apportés par les équipes de production, mais la technologie se démocratise vite et son influence attire de plus en plus l'attention de ceux qui sont avides d'influence. Je me demande combien d'années qu'il nous reste avant qu'on ne puisse plus programmer librement sans que les spécifications d'un logiciel deviennent ouvertement des champs de batailles politiques et que les logiciels grand publics visent à aiguiller les comportements des masses actives.

En attendant, je fabulerai sur le sujet et j'essaierai de ne pas me faire d'illusions sur mon pouvoir de changer le monde par la programmation.

Pour contempler les médias participatifs

Cet après-midi, j'ai osé faire mes premiers pas vers un événement public de la scène Internet locale. Je me suis rendu timidement à la SAT pour assister au premier rendez-vous des médias citoyens. Je m'intéresse depuis longtemps, comme observateur passif, à l'appropriation des TI en tant que média. Même présent, je suis resté en retrait, en prenant soin de me défiler avant l'entract de réseautage pour écouter la suite dans mon salon. J'ai tout de même retenu quelques impressions:

  • Les médias traditionnels reniflent les scoop sur Twitter qu'ils microbloguent à leur tour avant de publier leurs premiers articles sur le ẁeb 1h30 plus tard. Suivent ensuite la radio, la télévision et puis, bien plus tard, la presse. Les blogueurs sont principalement considérés comme des sources par les journalistes. Même si les professionnels semblent comprendre la dynamique sociale qui anime les réseaux, ils s'en servent surtout pour continuer d'accomplir leur ancien rôle d'«autorité»
  • Le journal français rue89.com réussit à agir comme pont entre les deux réalités médiatiques en identifiant les commentateurs pertinents, en allant jusqu'à les accompagner pour leurs permettre de produire une contribution de qualité journalistique.
  • Le Real News Network, qui pourrait s'apparenter à Koumbit dans sa structure, tire avantage d'un réseau de cellules journalistiques autonomes, chacune possédant une connaissance intime des enjeux qui leurs sont locaux, ce qui leur permet de produire rapidement une analyse pertinente des événements internationaux.
  • En se positionnant en opposition à la concentration de la presse en Colombie Britannique, la publication The Tyee est parvenue à développer un modèle d'affaires qui leur permet de contrer un manque d'information en offrant un journalisme complexe qui s'adresse à un public plus spécialisé. Pour éviter d'être un véhicule publicitaire, ils tirent leurs revenus de sources variées, comme de groupes intéressés par le type d'information qu'ils produisent. Ils se sont permis d'expérimenter avec ce modèle d'information sur demande jusqu'à se demander à quel point il peut être éthique.
  • Le discours reste partagé entre ceux qui se croient chargés de livrer un contenu professionnel et d'autres pour qui le contenu n'est principalement que le véhicule d'une conversation. On parle très peu du média comme étant le support d'une activité. La communication reste une affaire de messagerie.
  • Twitter et Facebook se sont imposés comme des outils de travail des médias. Ces marques de commerce éclipsent les alternatives. On met l'esprit critique de côté pour tirer profit des outils. Plusieurs membres de l'auditoire étaient intrigués ou dérangés par le commentaire de Wayne Mac Phail ( rable.ca) qui comparait les utilisateurs de Facebook à des consommateurs, puisqu'au point de vue de Facebook, ils alimentent des données statistiques renvendues ailleurs, et ce, peu importe leur activité.
  • Sur la question des droits d'auteurs, les points de vue étaient partagés. Même si certains intervenants étaient conscients que le média citoyen met en jeu plus d'une économie (l'économie de la réputation, l'économie du libre) et que la liberté de l'information serait un idéal à atteindre, on insiste d'autres fois pour rappeler l'évidence qu'il faut être payé en bout de ligne. J'avancerais tout de même l'hypothèse que le souci de rentabilité pourrait être moins grand chez ceux qui se sentent rassurés d'apporter une valeur sociale autre que financière.

J'oublie sûrement plein de nuances et de points pertinents, je pourrais aussi me tromper, mais je ne suis pas ici pour jouer aux reporters.

Intro

Petit coin créé rapidement pour y déverser un peu n'importe quoi.